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SOLIDARITÉ
     PujaRam, Salman & les autresDéluge du Gange 2013

Puja
Nous avons rencontré Puja en 2005 à Bénarès. Tous les soirs au coucher du soleil, on présente une flamme au Gange pour une cérémonie, l'aarti. Une toute petite fille frappait une cymbale avec un maillet pendant toute cette cérémonie qui dure trois quart d'heure. Touchés de voir une enfant si petite s'acquitter de sa tache avec tant de sérieux, nous sommes revenus tous les soirs. Nous avions l'impression qu'elle demandait quelque chose au Gange. Un soir, elle nous entraîné voir son papa et ils nous ont invité à manger sur les ghats (escaliers qui descendent vers la rivière). On lui a alors demandé: "mais que veux-tu ?" Elle nous a répondu: "boat" (bateau), un des rares mots qu'elle connaissait en anglais. Elle voulait un bateau pour son papa. Elle avait 5 ans. Le repas fut délicieux, un poisson cuisiné à l'eau du Gange.

Son père Ramdhani, appartient à une famille de bateliers depuis plusieurs générations (c'est sa caste). Des circonstances dramatiques ont fait couler le bateau familial et les camions ont remplacé le transport fluvial à Chunar, sa ville d'origine. La mère de Puja est morte subitement quand elle avait deux ans. Son père est donc parti à Varanasi avec elle pour essayer de gagner sa vie. Quand nous les avons rencontrés, tous deux vivaient au bord du Gange sans aucune source de revenus. . Cette partie de l'histoire, nous n'avons pu la reconstituer que plusieurs années plus tard.


Touchés par cette petite, nous avons cherché un moyen de réaliser son voeu, la déesse Ganga n'exauce-t-elle pas tous les voeux? En nous renseignant sur le prix des bateaux, un gros patron batelier nous a clairement signifié l'impossibilité pour Ramdhani de posséder un bateau à Bénarès car il est de Chunar. Nous avons quand même organisé un concert sur la terrasse de la guesthouse où nous vivions, avec Sukhdev Mishra que nous connaissions depuis peu et des touristes musiciens. La soirée a eu du succès et nous pouvions acheter ce bateau (environ 120 €).

Le boss du ghat voyant le succès de l'entreprise et touché aussi par Puja qu'il aimait bien, a changé d'avis et a accepté de nous vendre un de ses bateaux à condition que Ramdhani ne travaille pas avec pour prendre des touristes. Ce bateau devait uniquement servir à le loger et à pêcher pour se nourrir. Nous avons alors dit à Ramdhani: "d'accord pour le bateau, mais il faut que la petite aille à l'école". Ramdhani a été tout de suite d'accord et heureux de la proposition.


On nous a indiqué une école avec une pédagogie alternative fondée par un Italien à Sarnath, à 10 km de Varanasi: Universal Education School. Cette école accueille beaucoup de jeunes garçons réfugiés tibétains. Nous avons laissé le choix de l'école à Ramdhani et Puja, soit une école gouvernementale près des ghats pour qu'ils restent ensemble, soit Sarnath. Après l'avoir visité ils choisirent Universal Education School. Mais il n'y avait pas d'internat pour les filles, il fallait donc trouver une famille d'accueil près de l'école. Le destin faisant bien les choses, une jeune enseignante fut d'accord pour recevoir et prendre soin de Puja pour une pension modique. Nous étions repartis en France quand Puja alla à l'école pour la première fois en Juillet. On nous a dit que ce ne fut vraiment pas facile pour elle de quitter son papa, de se trouver dans une nouvelle famille et de commencer l'école avec deux ans de retard. Elle a beaucoup pleuré. Nous pensons qu'elle nous en a voulu au début car en octobre elle était triste et distante.
Puja n'avait pas d'identité puisqu'elle était hors caste et n'avait même pas été déclarée à sa naissance. Nous avons dû faire les démarches à Chunar avec un homme de loi pour qu'elle ait un certificat de naissance... et payer une soit disant amende pour ne pas l'avoir déclarée à temps!!! Les liens avec sa famille s'étaient renoués depuis notre rencontre. Nous avons cherché à connaître sa véritable date de naissance en interrogeant la famille, les voisins. Son père ne s'en souvenait pas vraiment, on nous a dit 1999 ou 1998, autour de Shivaratri, en mars. Or Shivaratri est une fête mobile comme pâques chez nous, et le seul Shivaratri en mars était en 2000, le 3 mars. Le destin nous a encore envoyé une aide pour décider de la date. Hasard incroyable, un ami proche français nous envoie la photo d'une toute petite fille prise en février 2003, en nous disant: "moi aussi j'ai été touché par une fillette sur les ghats." C'était elle! Parmi tous les enfants qu'on peut croiser à Bénarès, et il y en a, il l'avait prise en photo. Sur cette photo on voit qu'elle a trois ans maximum. Nous avons donc choisi pour sa naissance le 3 mars 2000. Nous avons fêté pour la première fois son anniversaire en 2010, pour ses 10 ans. Elle n'était pas peu fière, elle a maintenant une identité et un anniversaire, on a fait une "big party" ce jour-là.

Nous pensons aussi qu'il est important qu'elle garde des liens avec son père, celui-ci va la voir de temps en temps à Sarnath. Elle est très bien avec la famille qui s'occupe d'elle, c'est une famille de fermiers petits propriétaires qui vivent quasiment en autarcie sur leur ferme. La jeune institutrice a repris des études et s'est mariée en 2009. Contrairement aux traditions indiennes elle reste dans sa famille avec son mari car elle veut terminer ses études. Cela fait preuve d'une grande ouverture d'esprit car il est extrêmement rare qu'une fille reste chez ses parents après le mariage, surtout à la campagne.


Pour que Puja puisse passer du temps avec son père et pour qu'elle découvre son pays, chaque année nous les emmenons ensemble pour un voyage de 15 à 20 jours. Ils ont ainsi vu le Taj Mahal, l'Himalaya, un zoo à Delhi, le Temple d'Or des Sikhs et même pris l'avion pour aller voir la mer. En 2011, ils étaient avec nous lors d'un "voyage accompagné" d'un groupe de six personnes. Notre relation avec Puja s'approfondit davantage chaque année et nous communiquons plus facilement car elle commence à bien comprendre l'anglais. Fin 2011 nous lui avons fait connaître Noël, nous l'avons initié à la bicyclette et au bains de mer! Nous aimerions qu'elle vienne ici en vacances pour connaître la France... Pour cela, il lui faut un passeport... Nous attendons ses 18 ans... Aujourd'hui ce n'est que dans un an!


Notre rencontre avec Puja a été l'élément essentiel qui nous a fait quitter définitivement notre costume de visiteur passager de l'Inde curieux et étonné, pour celui d'acteur solidaire dans la vie indienne.



Puja, chanson extraite du CD Undaway